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Bientôt 1 mois, déjà, que Quentin est né ! Que le temps passe vite... Les journées sont courtes, et bien rythmées je dois dire. On oublie vite les besoins d'un nouveau-né, le rythme des nuits et les siestes (oh combien nécessaires) de la journée ! Je profite d'un petit moment de calme pour vous livrer un petit texte que j'ai écrit 2 jours après la naissance de notre petit bonhomme, et qui témoigne de notre expérience d'une naissance à la maison (AAD en termes plus "scientifiques", ou Accouchement à Domicile). Rien de bien extraordinaire, juste le récit de cette venue au monde, qui, pour nous, reste magique.

Quentin, voilà deux jours que tu es parmi nous. Deux jours que tu es arrivé, naturellement, dans notre foyer, notre "chez nous", au cœur de notre cocon. Laisse-moi, laisse-moi te raconter...

Nous sommes jeudi 1er novembre. C'est le soir. Margot et Arthur sont couchés. Nous t'attendons pour le 14, mais ce soir, j'ai comme un pressentiment. Je sens comme un picotement, là, tout en bas. J'imagine que ça pourrait être le début, les prémices de ton arrivée. Et puis, cela fait des semaines déjà que je ressens des contractions. Alors je ne vais pas plus loin dans mes réflexions. Je monte me coucher tout en demandant à Alexandre s'il est bien nécessaire qu'il aille travailler cette nuit. Non. Il décide de rester. Les contractions se font de plus en plus fortes et semblent s'installer de manière régulière. Je ne dors pas de la nuit, ou si peu. Je guette, j'attends la prochaine contraction, qui ne vient pas. Ça fait quoi, 10 minutes ? 12 minutes ? 20 minutes passent... et je fini par m'endormir.

Vendredi 2 novembre. Il est 7h du matin quand une violente contraction m'extirpe de mon sommeil. Le temps de reprendre mes esprits, et une seconde, aussi forte, arrive. Ça y est, cette fois, j'en suis sûre, le travail commence, et tu seras là dans la journée ! Je me lève et décide d'appeler ma sage-femme pour la prévenir. Cela tombe bien, elle devait justement passer pour la visite du 9e mois ! Nous prévenons également les enfants qu'aujourd'hui ils passeront la journée chez F-A.

M-A., ma sage-femme, arrive vers 10h et me dit que les contractions sont encore trop espacées et que bébé est encore trop haut dans le bassin. Il faut patienter. Nous ne savons pas trop quoi faire, attendre ou bien continuer nos occupations de la journée, normalement. Mais ce n'est justement pas une journée normale ! Il y a trop d'excitation et d'impatience à voir ce petit bout ! Je décide d'aller prendre un bain chaud, histoire de me détendre. Ce qui fonctionne à merveille ! La matinée s'écoule, lentement, au rythme des contractions, toutes les 5 ou 6 minutes environ. A midi, nous nous attablons pour déjeuner alors que le travail semble ralentir. Je commence à me dire qu'à ce rythme-là, tu ne seras pas là ce soir et ça me rend un peu triste. J'angoisse un peu de la nuit, qui se veut toujours plus difficile. Et puis, j'ai tellement hâte de te voir ! C'est une belle journée d'automne, le soleil traverse les fenêtres et éclaire la pièce d'une douce lumière orangée, un peu sépia. L'ambiance est feutrée, propice.

Après le repas, nous décidons d'aller marcher un peu, de prendre l'air. Nous faisons le tour du hameau, avec un grand nombre de pauses. Puis nous rentrons, au chaud. Alors que je passe à la cuisine pour me laver les mains, la poche des eaux se rompt. Ouiiii ! Il est 14h. Cette fois, c'est parti ! M-A. revient, et me dit que ça s'engage bien. Tu arrives tranquillement. Je reprends un bain pour calmer la douleur qui devient vraiment plus forte. Mais je ne suis pas très à l'aise, je manque de place. Je sors et effectue des allers-retours dans la chambre tout en prenant appuis sur ton petit lit. Étrangement, j'ai du temps. Tout se fait lentement et j'ai le temps de respirer et de reprendre des forces entre chaque contraction. Je suis sereine et sûre que tout va bien se passer. je ne peux pas l'expliquer. Tout est comme je le souhaitais, simple, feutré, calme... et ta naissance aussi se fait calmement. Je suis loin des vents violents qui ont rythmé la venue de Margot, loin des vagues turbulentes. Celles-ci sont puissantes, mais je sens que je les accompagne et c'est comme si leur puissance me portait. Cela dure environ 1h, puis tout à coup, alors que je me repose sur le ballon, une vague plus puissante vient me submerger, m'ensevelir. Je sens que tu as progressé et que tu pousses, littéralement, tout ton être vers la sortie. C'est très violent. Une fois la contraction passée, je change de position, debout, puis finalement, allongée sur le côté sur le lit. Tout se bouscule. Alexandre passe derrière moi pour me soutenir. Tout s'accélère. Je sens ta tête avec mes mains. Tu es juste là et moi si loin dans la douleur ! impossible de décrire ce que je ressens. Une force que je ne contrôle pas semble te guider jusqu'à nous. Je ne maîtrise plus rien, et seule importe cette douleur. Pourvu qu'elle ne dure pas ! Je perds déjà pied...

Et puis il faut pousser, une fois, deux fois... et te voilà ! Délivrance, soulagement, cris de joie, cris de toi... M-A. te pose sur mon ventre. Le cordon est un peu court et tu ne peux pas remonter. Mais tu es là, petit être tout chaud qu'il faut couvrir, protéger, rassurer. Il est 15h30. C'est un bel après-midi d'automne. Tout contre moi, les aiguilles du temps se sont arrêtées. Je ne le vois pas, mais M-A. continue de s'affairer autour de nous. Elle te recouvre de serviettes chaudes, te nettoie, change, prépare la bassine pour le placenta, les ciseaux pour le cordon... je ne sais pas tout cela. Je suis tout à toi et encore à cette douleur. Mon corps est à vif, comme écorché de mille feux. Et les gestes qui suivent ne sont pas des plus agréables. Ils m'arrachent même à ma contemplation. Un retour à la réalité, brutal. Je réalise alors pleinement ta naissance. Je contemple ton visage, ta minuscule petite tête, et nous restons là, sereins...

Arthur et Margot arrivent quelques temps plus tard (peut-être 1h) pour faire ta connaissance. Instant magique et quelque peu étrange pour eux. A quoi pensent-ils ? Arthur, curieux, s'approche doucement pour te voir, et me dit : "le bébé est sorti de ton ventre maman ?". Oui, ça y est, le bébé est sorti de mon ventre, et il s'appelle Quentin ! Et Margot de répliquer : "mais moi je voulais qu'on l'appelle Victor !" Nous rions tous !

Il est 17h30 quand M-A. repart, nous laissant tous à notre nouvelle découverte. Alexandre descend préparer le dîner avec les enfants et je m'endors avec toi, dans les bras...

Un grand Merci à M-A. pour ce moment vraiment unique et inoubliable...